AKASHA

“AKASHA” est un mot Sanskrit, qui signifie “éther, espace”. Il représente “le son” dans la théorie ayurvédique des cinq éléments. Énergie substantielle et impalpable, source de connaissance des
âmes et de toutes les manifestations de la vie, elle nous entoure et nous pénètre, composant chaque élément de l’univers. 



    Akasha est un spectacle sonore et visuel, une œuvre collective et pluridisciplinaire constituée de musiques live et de diaporamas photographiques.
    Sous l’impulsion de Brice Kartmann et de Tilby Vattard, des artistes, photographes
et musiciens, français et indiens, y réunissent leurs travaux personnels autour d’un thème fondateur, l’Inde. Un territoire représenté comme un espace aux frontières étendues, étirées, entre passé et présent, foules et individus, matière et éther, onirisme et réalité.

    L’Inde est ici revisitée par chaque artiste comme autant de voix d’une même génération :
Nous construisons nos parcours individuels en explorant différentes cultures, différents médiums. Ces parcours font naître ou évoluer nos sens esthétiques, nos inspirations et donc nos œuvres.
À distance, à la fois de nos raci
nes et de nos références culturelles, l’onirisme apparaît dans

des images et des compositions nourries par le voyage, physique ou imaginaire. Nous témoignons de nos propres parcours, non du pays qui les ont accueillis. Akasha est une œuvre née du mouvement, de l’errance et de la curiosité. 



    Une somme de regards et de points de vues individuels qui coexistent. Celle-ci constitue le spectacle, un parcours avant tout poétique, à distance du documentaire. Akasha questionne
la notion même d’ensemble et d’unité d’un pays chargé de contradictions et de tensions : au sein du sous continent indien, unité historique et géographique, les langues, alphabets, religions et classes sociales y sont multiples et entretiennent des relations houleuses, parfois hermétiques, souvent conflictuelles. Dans cette société vertigineuse, quelles places ont les communautés,
les minorités, les individus? Quels liens entretiennent t-ils avec leur environnement ? 





    Des artistes sont saisis par cette amplitude de situations et de tensions que recèle l’Inde.
Sans avoir directement inspiré la création Akasha, le regard du poète Arun Kolatkar questionne
la place et l’oeuvre d’un artiste dans ce pays, le sien. Une œuvre qui, sous beaucoup d’aspects, résonne avec le contenu et la sensibilité des artistes réunis dans Akasha. Dans son recueil
de poèmes Kala Ghoda (littéralement, le cheval noir), Kolatkar a observé, pendant une quinzaine d’années et depuis la même terrasse de café, une place de Bombay. Cette place abritait la statue équestre d’Édouard VII, celle du cheval noir. Par l’érosion de cette place, des personnes qui
la fréquentent et surtout de son propre regard qu’il tente d’épuiser, il ne reste que l’ordinaire.
Les événements remarquables ont disparu. Le quotidien y est chahuté par l’impermanence
du présent. Kolatkar convoque dans ses poèmes sans distinctions, ses habitants, la faune, la flore et les objets qui sont là, échoués. Par ses poèmes, l’ordinaire côtoie l’excentricité, les habitants
de tous horizons peuvent prendre les traits de figures divines, les ordures échouées là ont finalement une histoire, un rôle. La ville devient malléable, et la place du cheval noir abrite l’infini. Son regard s’extrait de toutes les valeurs ou habitudes que son éducation et sa culture auraient pu altérer. La réalité est présente face à lui. Il en extrait uniquement ce qui le touche à un instant. 




    Le trio Pang Pung élabore des répertoires acoustiques de compositions influencées par l’orient et la méditerranée, depuis une dizaine d’année. Alliant instruments traditionnels et créations instrumentales contemporaines, leurs différents répertoires sont originaux tant par leurs compositions que par les orchestrations qu’ils proposent. Le cadre fixé pour les concerts réside dans l’utilisation exclusive d’instruments acoustiques à cordes et de percussions.
Nomades sonores, ils naviguent entre plusieurs traditions musicales et créent en chemin leur propre répertoire tout en faisant évoluer leurs instruments, à l’image du compositeur
et poly-instrumentiste irlandais Ross Daly. 


    L’écriture musicale d’Akasha a insufflé l’envie de remettre en question ce cadre, leur rapport aux instruments acoustiques, leur travail de groupe. Forts de leur diverses expériences
individuelles et collectives dans la composition de musiques à l’image et de musiques de spectacles notamment, l’Inde, que le trio Pang Pung voit et ressent dans les séries photographiques d’Akasha, les a amenés vers d’autres champs sonores. L’utilisation de la musique concrète et de l’électronique complètent leurs propositions acoustiques.
    Les compositions s’étendent sur différents registres, à l’image des travaux photographiques : Fusion acoustique pouvant être affiliée au travail du groupe Mukta de Simon Mary ; Pièce minimale et aérée dans des univers proches de Arvo Pärt avec des sonorités orientales ; Travail de timbres sur une plaque de tôle qui n’est pas sans rappeler « Mikrophonie 1. » de Stockhausen ;
Pop acidulé, ethnique et électronique dans la lignée de Talvin Singh, les influences potentielles sont nombreuses. L’orchestration a été contrainte par le contexte des premières diffusions du spectacle qui ont eu lieu en extérieur. Elle se compose donc actuellement du banjo modifié, du yayli tanbür du sarod et d’une plaque de tôle ainsi que de diverses percussions pour Jean Desaire ; De la basse acoustique, du oud, d’une table équipée de différents objets et micros piezzo, de percussions et d’un synthétiseur pour Brice Kartmann
; De tambours sur cadre, d’une deholla, d’une grosse caisse, de cymbales, d’autres percussions et d’un synthétiseur pour Vincent Couprie.